Aidants : accompagner sans se perdre en chemin

Dans le mythe d’Orphée, un homme descend aux Enfers pour retrouver celle qu’il aime. Cette histoire ancienne peut-elle nous aider à penser la place de celui qui accompagne un proche en souffrance ? Jusqu’où aller avec l’autre sans se perdre soi-même ?

Quand une personne que l’on aime traverse une blessure psychique, le premier réflexe est souvent de vouloir l’aider, de comprendre ce qui lui arrive, de trouver les bons mots et d’être là quand elle en a besoin. Parfois, de retrouver celui ou celle que l’on connaissait avant.

Mais accompagner peut mener l’aidant sur un chemin qu’il n’avait pas imaginé. Une réalité que Stéphane Saison, Président d’APTE, a lui-même traversée.

Orphée : descendre parce que l’on aime

Dans la mythologie grecque, Orphée perd Eurydice, la femme qu’il aime. Il refuse de l’abandonner à la mort et descend aux Enfers pour la retrouver. Sa musique touche les dieux qui acceptent qu’Eurydice remonte avec lui dans le monde des vivants, mais à une condition : qu’il marche devant elle, sans se retourner avant d’avoir quitté les Enfers.

Presque arrivé au terme du chemin, Orphée doute et se retourne. Eurydice disparaît.

Un mythe n’est ni une théorie psychologique ni un modèle d’accompagnement, mais il éclaire ce qui se joue chez celui qui accompagne. Vouloir ramener l’autre, douter, s’inquiéter, tout cela peut faire oublier ses propres limites.

Quand l’aidant descend à son tour

Une blessure psychique ne touche pas seulement la personne qui l’a vécue. Elle peut également entrer dans le quotidien. Elle change les silences, les habitudes, les relations. Chez les primo-intervenants, le traumatisme s’invite à la maison, sans bruit.

Le proche prend alors en charge ce que l’autre n’arrive plus à faire. Il tente de préserver l’équilibre de la famille. D’une certaine manière, lui aussi descend, même s’il n’a pas vécu l’événement traumatique. Il ne ressent pas nécessairement ce que ressent l’autre, mais il vit au plus près du séisme et de ses conséquences.

Accompagner n’est pas sauver

Aimer quelqu’un donne envie de le ramener vers la lumière. Pourtant, aussi fort soit ce lien, personne ne peut faire le chemin intérieur à la place de l’autre.

L’aidant peut être présent sans exiger de parole, écouter sans chercher immédiatement une solution, proposer une promenade, partager un repas ou simplement rester là lorsque les mots manquent.

Il n’a pas à devenir celui qui sauve. Il peut dire : « Je peux avancer avec toi suffisamment loin pour que tu ne sois pas seul, mais je ne peux pas faire le chemin à ta place. »

Le moment où Orphée se retourne

Orphée se retourne parce qu’il veut vérifier qu’Eurydice le suit. L’aidant connaît ce mouvement : Va-t-il mieux ? Pourquoi ne parle-t-il toujours pas ? Pourquoi s’isole-t-elle encore ? Est-ce que je fais ce qu’il faut ? Est-ce que je devrais faire davantage ?

Pour Joseph Campbell, les grands récits mythologiques racontent souvent un passage : quitter un monde familier, traverser l’épreuve, puis trouver le chemin du retour. L’aidant, lui, peut parfois rester pris dans cette traversée. À force de regarder comment va l’autre, il peut finir par ne plus voir comment il va, lui.

Les signes sont souvent discrets : fatigue, irritabilité, sommeil perturbé, abandon d’activités personnelles, isolement ou parfois l’impression de ne plus savoir ce que l’on veut pour soi.

À force d’accompagner l’autre vers la sortie, l’aidant sait-il encore où se trouve la sienne ?

Garder un lien avec le monde des vivants

Continuer à travailler, voir des amis, sortir, dormir, rire sans culpabilité et pouvoir dire parfois : « Aujourd’hui, je n’ai pas les ressources. » Cela peut sembler secondaire lorsque quelqu’un que l’on aime souffre, mais ça ne l’est pas. Ces espaces permettent à l’aidant d’exister autrement qu’à travers son rôle d’aidant.

Poser une limite ne signifie pas abandonner. C’est dire : voilà jusqu’où je peux aller aujourd’hui sans me perdre. Et c’est aussi ce que développe le travail d’APTE sur l’épuisement des proches.

Dans le mythe, celui qui descend doit garder quelque chose qui le relie au monde des vivants. Non pas pour abandonner Eurydice, mais pour savoir vers où remonter.

Ne pas chercher à retrouver celui d’avant

Beaucoup de proches espèrent retrouver la personne qu’ils ont connue. Après certaines expériences traumatiques, le retour n’est pas toujours un retour à l’identique.

Patrick Clervoy utilise l’image de Lazare pour décrire le dérèglement relationnel qui peut s’installer entre une personne traumatisée et son entourage. Comme Lazare revenu parmi les vivants, la personne est bien là, mais quelque chose a changé, tandis que ses proches peuvent continuer à attendre celle qu’ils connaissaient avant.

Il ne s’agit pas nécessairement de revenir en arrière, mais parfois de construire l’après.

Et quand les Enfers de l’autre commencent à entrer en soi ?

Vivre longtemps auprès de la souffrance d’un proche laisse des traces. Stéphane Saison en témoigne dans Le Tas. Il y raconte sans filtre comment, au fil de cette traversée, sa propre vie a été profondément bouleversée, jusqu’au divorce, au déménagement et à la démission.

Ce que vit l’aidant ne se confond pas avec ce que traverse la personne traumatisée. Pourtant, cette proximité répétée avec sa souffrance peut avoir des conséquences. Charles Figley a notamment travaillé sur la fatigue de compassion et le stress traumatique secondaire. Ses travaux montrent qu’une exposition prolongée à la souffrance d’autrui peut contribuer, chez certains proches, à de l’épuisement et à différentes manifestations psychologiques ou physiques.

Reconnaître que l’on souffre soi-même ne veut pas dire que l’on aime moins. Cela signifie aussi accepter que celui qui aide ait, à son tour, besoin d’aide.

Trouver un proche à qui parler, consulter un médecin ou un psychologue, rejoindre un groupe de parole : autant d’espaces où, pour une fois, l’aidant n’a plus à soutenir, rassurer ou tenir. Il peut simplement déposer ce qu’il traverse.

C’est aussi l’une des raisons d’être de la plateforme digitale créée par APTE. Elle offre aux proches un espace qui leur est également destiné, pour s’informer, trouver des ressources et ne pas rester seuls avec ce que l’accompagnement dépose peu à peu chez eux.

Descendre sans perdre le chemin

Si la fatigue, l’irritabilité ou l’isolement durent, parlez-en à votre médecin ou à un psychologue. Vous n’avez pas à attendre d’être à bout de forces.

Être aidant, ce n’est pas rester à l’entrée des Enfers en demandant à l’autre d’en sortir. Ce n’est pas non plus descendre pour le sauver. C’est le rejoindre assez loin pour qu’il ne soit pas seul, sans perdre soi-même le chemin du retour.

 

La virilité comme armure et comme piège

Tenir. Ne pas flancher. Ne jamais montrer sa peur.

Ces injonctions, vous les avez parfois intégrées si tôt qu’elles semblent naturelles. Elles ne sont pas nées avec vous. Elles se sont construites, patiemment, collectivement par l’éducation, le groupe, les modèles auxquels on s’identifie, ou certains environnements professionnels.

Chez les primo-intervenants, cette capacité à tenir est une vraie ressource. Agir malgré la peur. Garder la tête froide. Continuer malgré la fatigue. Rester fiable pour celui qui est à côté. C’est une armure.

Le problème n’est pas de l’avoir apprise. Le problème commence quand on ne sait plus l’enlever.

Apprendre à tenir

On ne devient pas pompier, policier, militaire en apprenant seulement des gestes, on apprend une posture. Comment se tenir, parler ou réagir, mais aussi ce que l’on montre ou ce que l’on garde pour soi.

L’anthropologue Jeanne Teboul l’a décrit chez les jeunes recrues militaires. Le corps, le langage, les rites et l’appartenance au groupe construisent une nouvelle identité. Les cultures diffèrent d’un métier à l’autre, mais l’attente est proche. Continuer d’agir quand la situation devient dure.

Aubervilliers, 25 août 2003. Un bâtiment en feu s’effondre sur mon équipe. Un jeune sapeur de vingt et un ans y perd la vie. Je m’effondre en larmes sur l’échelle. Quelques instants plus tard, le chef de garde me tape sur l’épaule : « Stef ! Il faut y aller ! » Je remets mon casque et je retourne vers le tas de gravats.

Stéphane Saison, fondateur et Président d’APTE, d’après le Tas.

Cette capacité est nécessaire, voire indispensable. Quand une victime attend, quand un collègue est en difficulté, quand il faut décider en quelques secondes, on ne peut pas s’arrêter sur ce que l’on ressent.

On agit d’abord. On verra après, et c’est parfois cet « après » qui devient compliqué.

Quand une qualité devient une identité

Courage, endurance, maîtrise de soi, résistance à la douleur, sont autant de qualités qui ont longtemps été associées à la virilité masculine. Dans les métiers opérationnels, elles répondent aussi à une autre réalité, celle de savoir fonctionner dans des situations que beaucoup ne rencontreront jamais.

À force, une différence s’efface. Il ne s’agit plus de savoir tenir quand la mission l’exige, mais il faut être celui qui tient. Toujours.

Et tout ce qui était d’abord une compétence peut finir par devenir une obligation intérieure.

« Je dois pouvoir gérer ça seul »

Ce n’est pas une impression, car dès 1999, Georg Pieper et Andreas Maercker relevaient que certains hommes de la police, des pompiers et des secours acceptaient mal l’aide psychologique après un évènement traumatique. Ils pointaient un idéal d’autonomie et de résistance, où l’on ne montre ni peur, ni impuissance, ni souffrance.

En 2021, en Pologne, 135 sapeurs-pompiers professionnels ont répondu à des chercheurs. Les plus attachés à la dureté et au statut présentaient plus de symptômes post-traumatiques et se sentaient moins soutenus.

Une étude ne dit pas ce qui cause quoi, mais nous le voyons auprès des primo-intervenants que nous accompagnons chez APTE. Celui qui doit tout porter seul peut finir par ne plus rien dire. Stéphane Saison l’a vécu après l’accident qui a coûté la vie à un de ses frères d’armes à Aubervilliers. Il s’est progressivement isolé du groupe. La force qui l’avait fait tenir l’enfermait.

C’est de ce parcours qu’est née l’association APTE.

Ce que l’armure interdit

Dire : « Cette intervention ou cette mission m’a touché. » « J’ai eu peur. » « Je dors mal depuis quelque temps malgré la fatigue. » « Je n’arrive plus à faire comme avant. »

Sur un écran, ces phrases semblent banales, mais elles le sont beaucoup moins quand on a passé des années à être celui sur qui les autres comptent.

Trois ans après Aubervilliers, le diagnostic tombe : trouble de stress post-traumatique. Entre-temps, Stéphane Saison vivait ses troubles comme une faiblesse.

La difficulté touche à l’identité : « Si je reconnais que je suis atteint, suis-je encore celui que je pensais être ? »

C’est là que l’armure devient un piège. La maîtrise nécessaire pendant l’intervention se transforme en obligation de rester invulnérable après. Ce n’est pas la même chose.

Le regard du groupe

Une synthèse de 2022 a réuni 24 études sur les professionnels des services d’urgence exposés à des évènements traumatiques. Les freins à la demande d’aide qui en sont ressortis sont : la stigmatisation, la crainte des conséquences professionnelles, le manque de confiance dans certains dispositifs, une culture où la vulnérabilité paraît incompatible avec l’image du métier. Plusieurs études parlent d’une culture du « deal with it » : encaisse et continue.

À l’inverse, les milieux qui favorisent la parole et le soutien entre pairs semblent faciliter la demande d’aide.

Le silence n’est donc pas qu’une affaire individuelle, car le collectif peut également apprendre à cacher. Il peut aussi apprendre qu’on peut parler sans perdre sa place, ni ses compétences.

Le collectif est aussi une ressource. L’humour noir, les discussions entre collègues, les rituels de retour, les repas en commun, quelques mots après une intervention. Tout cela aide à retrouver quelque chose de normal après une situation qui ne l’était pas. Certains préfèrent parler à quelqu’un qui connaît leur univers. Un regard suffit, entre ceux qui ont vécu la même chose.

C’est ce que nous vivons chez APTE, dont les membres fondateurs sont tous deux sapeurs-pompiers. C’est notre point fort, et c’est ce que cherchent les primo-intervenants qui nous contactent. Quelqu’un qui connaît le terrain de l’intérieur. Ils n’ont pas à expliquer l’urgence, le retour, la blessure ou un silence. Cela ouvre la porte, mais ne remplace pas les soins. Cela aide à y aller.

Le problème apparaît quand ces soupapes ne suffisent plus, ou quand elles deviennent le seul endroit où ce qui a été vécu peut exister.

Quand l’armure devient trop lourde

Elle a servi. Elle a permis de partir en intervention ou en mission malgré l’appréhension, de rester concentré quand tout s’accélérait, de rassurer une victime sans l’être soi-même, de continuer quand la fatigue ou l’horreur auraient pu faire vaciller.

Mais une armure faite pour l’urgence n’est pas faite pour être portée partout. Encore moins à la maison, avec votre conjoint, vos enfants, la nuit, quand vous essayez de dormir, parfois même des années après une mission.

Dans Le Chevalier à l’armure rouillée, Robert Fisher raconte l’histoire d’un chevalier si habitué à son armure qu’il ne peut plus l’enlever. Ce qui le faisait paraître fort le sépare des autres et de lui-même. Le conte ne lui reproche pas de l’avoir portée.

Dans notre projet fondateur, nous l’avons formulé ainsi :

« Lorsque le trauma survient, l’individu n’a pas seulement à surmonter sa souffrance, il doit également affronter l’idée même que souffrir est une faiblesse, que consulter est une trahison de ce qu’il est devenu. »

Pour beaucoup, demander de l’aide n’est pas seulement reconnaître que quelque chose ne va pas, c’est avoir l’impression de remettre en cause toute une identité : « Moi qui ai toujours tenu, pourquoi est-ce que je ne tiens plus? »

Ce n’est pas qu’une question de volonté

Une étude de 2026 auprès de 102 primo-intervenants masculins (policiers, pompiers, urgences médicales) apporte une nuance. Parmi ceux qui ont répondu à la question, 22 % disent avoir déjà caché, ou peut-être caché, une information importante à un professionnel de santé, mais les normes masculines n’expliquent pas tout. Le manque de temps et la méconnaissance des ressources pèsent aussi.

Il serait trop simple de conclure que « les hommes ne veulent pas parler ». L’identité professionnelle, l’image de la force, la peur du jugement, l’organisation du travail, l’accès aux dispositifs, la confiance envers celui qui écoute, tout joue.

C’est aussi pour cela que nous préparons notre plateforme digitale qui réunira dans un même espace des ressources, des parcours personnalisés, des webinaires, des rencontres en visioconférence et la possibilité d’être mis en relation avec un expert.

Parler ne suffit pas toujours, encore faut-il savoir où aller : un numéro à composer, un dossier à remplir, un rendez-vous à obtenir. Chacune de ces démarches peut décourager celui qui hésite déjà à demander de l’aide. C’est tout l’enjeu de cette plateforme : réunir en un même endroit les ressources et les possibilités d’accompagnement, pour rendre les demandes d’aide plus simples et éviter qu’elles ne deviennent un véritable parcours du combattant administratif.

La même armure, autrement

Parler de virilité ne signifie pas parler uniquement des hommes. Les femmes qui travaillent dans des milieux historiquement masculins peuvent intégrer les mêmes codes. Ne rien laisser paraître, supporter plus pour ne pas passer pour fragile, cacher qu’une intervention les a atteintes, prouver qu’elles encaissent autant que leurs collègues masculins.

L’armure n’est pas réservée qu’aux hommes. Cette pression ne prend évidemment pas la même forme chez toutes et tous, mais elle peut conduire au même résultat. Celui de considérer qu’avouer une difficulté risque de remettre en cause sa légitimité professionnelle.

Garder la force, déposer le reste

Rien de tout cela n’oblige à renoncer à ce que ces métiers ont construit. Le courage reste du courage. La solidarité reste une force. L’endurance, la loyauté envers le groupe, la capacité d’agir sous pression restent des ressources toute une vie.

Il ne s’agit pas de casser l’armure. Il s’agit de reconnaître quand elle est encore nécessaire. Tenir quand il faut et savoir qu’on peut être solide et atteint. Courageux et inquiet. Fiable pour les autres, et pourtant avoir besoin d’un appui. Ces réalités ne s’annulent pas.

Stéphane Saison a mis du temps, mais il a fini par demander de l’aide. Il a été accompagné et a pu déposer ce qu’il portait. Ce chemin existe. C’est aussi cette expérience qui guide aujourd’hui l’engagement de l’association APTE auprès des primo-intervenants.

La question n’est plus : « Suis-je encore assez fort ? », mais « Ai-je encore besoin de me protéger de cette manière aujourd’hui ? ».

Rien ne s’effondre lorsque l’on dépose l’armure. On ne capitule pas. On cesse simplement de la porter là où elle n’est plus nécessaire.

Si ces lignes vous parlent, commencez par un collègue de confiance, ou écrivez-nous.

Pour en savoir plus

Stéphane Saison raconte l’intervention d’Aubervilliers et l’après dans le Tas et L’Épreuve du feu (Édilivre), ainsi que dans le chapitre « L’ombre du tas » de Dans le feu de l’action (Éditions Solar).

Après la dernière mission

On attend parfois la retraite pendant des années, mais lorsque la dernière mission est passée, il faut encore apprendre à vivre sans l’alerte, sans le collectif, sans l’uniforme. Et parfois avec tout ce que le métier a laissé derrière lui.

Après la dernière mission

Pendant des années, le rythme est dicté par les gardes, les appels, les missions d’urgence et le collectif. Il y a toujours quelque chose à faire, une place à tenir, une responsabilité à assumer et une intervention à réaliser. Puis un jour, cela s’arrête.

Plus d’alerte, plus de mission, plus d’équipe qui attend, plus de rythme imposé par l’urgence. L’agenda se vide et, avec lui, une partie des repères construits pendant parfois trente ou quarante ans.

La retraite est souvent attendue comme un repos mérité. Et elle peut l’être. Mais pour certains anciens primo-intervenants, elle ouvre aussi une période beaucoup moins simple qu’on ne l’imagine.

Le calme après la tempête

Le quotidien opérationnel impose un rythme particulier et exigeant. Il faut être disponible, réagir vite, décider souvent dans l’urgence, s’adapter. Le corps apprend lui aussi à passer du calme à l’action en quelques secondes, à rester vigilant et à anticiper ce qui peut arriver.

Lorsque cette stimulation disparaît, le calme peut être agréable au début, mais il peut aussi rapidement devenir étrange.

Certains anciens primo-intervenants racontent cette sensation de ne plus savoir quoi faire de leurs journées, de chercher constamment une activité ou de supporter difficilement l’absence de rythme.

Dans ce contexte, ce n’est pas forcément l’adrénaline que l’on regrette, mais parfois simplement le sentiment d’être immédiatement utile.

Pendant des années, quelqu’un comptait sur vous : une victime, un collègue, une équipe, parfois toute une population. À la retraite, cette utilité ne disparaît pas, mais elle doit se reconstruire autrement.

Et bien souvent, ce qui manque le plus n’est pas seulement le travail, mais l’appartenance à un groupe qui possède ses habitudes, son langage, ses plaisanteries, ses souvenirs et parfois ses silences. Certaines expériences n’ont même pas besoin d’être racontées entre collègues. Un regard suffit, parce que les autres savent. La famille est présente, les amis aussi, mais ils n’ont pas nécessairement vécu les mêmes choses.

Le poids des années n’efface pas tout

Pendant des années, une mission en chasse une autre. Il faut repartir, rester disponible, assurer sa place et continuer à s’occuper des autres.

Certaines expériences difficiles finissent alors par être mises de côté. Pas forcément oubliées, simplement rangées quelque part, parce qu’il faut continuer.

Puis le rythme ralentit. Les sollicitations diminuent. Il y a davantage de temps, et parfois davantage d’espace pour ce qui avait été tenu à distance jusque-là.

Des images, des visages, des lieux ou certaines scènes peuvent alors revenir. Non parce que la retraite crée le traumatisme, mais parce que l’action a permis, pendant des années, de maintenir certaines choses à l’arrière-plan.

Une situation vécue vingt ou trente ans plus tôt peut ainsi refaire surface sans crier gare et avec une précision inattendue.

Stéphane Saison en a lui-même fait l’expérience. Lorsqu’il a écrit ses livres plus de vingt ans après certaines interventions, il a retrouvé des scènes, des lieux, des gestes et des détails restés étonnamment présents. Comme si certaines situations, pourtant anciennes, n’avaient jamais été complètement effacées de sa mémoire.

Le temps écoulé depuis un évènement ne dit donc pas, à lui seul, ce qu’il en reste.

Quand le métier ne définit plus le quotidien

Lorsqu’on a passé une grande partie de sa vie à se définir aussi par son métier, sa fonction ou sa mission, la retraite peut obliger à regarder autrement la place que l’on occupait jusque-là.

On a été pompier, policier, gendarme, ou militaire. On appartenait à un groupe, à une institution, à un collectif avec ses codes, ses habitudes, ses responsabilités et ses repères.

Puis un jour, le présent devient le passé : « je suis » devient « j’étais ».

Seule la conjugaison change, mais derrière elle, c’est parfois toute une identité qui doit trouver une nouvelle place.

Le métier a transmis des compétences, des valeurs, des rencontres et un sentiment d’utilité. Il a aussi façonné une manière de regarder le monde, le danger, l’urgence, les autres et parfois même de se regarder soi-même.

Alors que reste-t-il quand le quotidien n’est plus organisé autour de la mission ?

Beaucoup de chose, probablement, mais autrement.

Il ne s’agit pas d’effacer ce qui a été vécu, ni de tourner la page comme si plusieurs décennies pouvaient disparaître avec le dernier jour de travail. Comme le trauma ne s’arrête pas toujours au seuil de la maison, le métier ne s’arrête pas forcément non plus au seuil de la retraite. Il s’agit plutôt de trouver comment poursuivre l’histoire, avec tout ce que cette vie professionnelle a construit, sans être obligé de rester dans le même chapitre.

Quand l’engagement prend une autre forme

Pour certains, l’après-carrière passe par l’engagement associatif, la transmission, le volontariat, le sport, la famille ou de nouveaux projets. Autant de façons de retrouver une place, un rythme, un sentiment d’utilité autrement.

Pour d’autres, cela demande davantage de temps. La retraite peut aussi créer un espace pour regarder certaines blessures que l’activité, le rythme des missions ou les responsabilités avaient jusque-là maintenues à distance.

Demander de l’aide dix, vingt ou trente ans après un évènement ne signifie pas que vous êtes devenu faible, ni qu’il aurait fallu le faire plus tôt. Bien au contraire, cela signifie simplement que quelque chose peut être entendu aujourd’hui, avec les ressources et le recul du moment. Et il n’y a pas d’âge pour cela.

Chez APTE, les prises de contacts d’anciens primo-intervenants rappellent une réalité simple. Les blessures psychiques ne prennent pas leur retraite le jour où la carrière s’arrête. Mais l’histoire, elle non plus, ne s’arrête pas ce jour-là.

La fin de carrière marque la fin d’un cadre, d’un rythme, parfois d’une identité professionnelle très forte. Elle peut aussi ouvrir un autre temps, celui où l’expérience acquise, les valeurs, les compétences et ce qui a été traversé trouvent une nouvelle place.

Il ne s’agit pas de remplacer ou d’effacer l’utilité d’avant. Il s’agit d’en construire une autre.

 

Quand le trauma rentre à la maison

On ne laisse pas tout sur les lieux de l’intervention. Le plus souvent, ce qui reste s’efface avec le temps. Mais parfois, cela s’installe, et gagne le couple, les enfants, le quotidien de toute la famille. Cet article regarde ce qui se joue une fois la porte refermée.

Quand la mission continue autrement

L’intervention se termine. La garde ou la mission s’achève. On rentre chez soi, mais ce qui a été vécu ne s’arrête pas toujours au seuil de la porte.

Chez les sapeurs-pompiers, les forces de l’ordre, les militaires, les soignants et plus largement ceux qui interviennent auprès de personnes confrontées à la détresse, à l’urgence ou à des situations humaines difficiles, certaines expériences peuvent continuer à produire leurs effets bien après le retour à la maison.

Il n’y a pas forcément de récit, ni de grande scène. Parfois, le changement est beaucoup plus discret. Davantage de silences, une irritabilité inhabituelle, des nuits agitées, un regard absent, moins d’envie de partager certaines choses ou une impression de distance avec ceux que l’on aime.

Le trauma ne reste donc pas toujours cantonné à celui qui a vécu l’évènement. Ses effets peuvent aussi se faire sentir dans les relations et modifier progressivement l’équilibre familial.

Le coup… puis le contrecoup

Le psychiatre Patrick Clervoy, spécialiste du traumatisme psychique utilise une image particulièrement parlante, celle du coup et du contrecoup.

Le traumatisme frappe d’abord la personne directement confrontée à l’évènement, mais l’onde de choc peut ensuite se propager autour d’elle dans le couple, auprès des enfants, parfois jusqu’à la vie sociale ou professionnelle.

La littérature décrit notamment le stress traumatique secondaire, ou la traumatisation secondaire, pour rendre compte de certaines répercussions observées chez les proches de personnes traumatisées.

Le conjoint peut lui aussi devenir plus vigilant, dormir moins bien, s’épuiser ou adapter constamment son comportement aux réactions de l’autre. Non parce qu’il a vécu directement l’évènement opérationnel, mais parce qu’il vit quotidiennement auprès de quelqu’un qui en porte encore les effets.

Cette souffrance reste souvent difficile à reconnaître. Le proche peut penser qu’il n’a pas de raison d’aller mal, puisque ce n’est pas lui qui était présent lors de l’évènement. Pourtant, ce qu’il vit existe aussi.

Quand quelque chose a changé

Le syndrome de Lazare, décrit par le psychiatre Patrick Clervoy, permet de comprendre un autre aspect du retour après un traumatisme.

La personne qui revient peut ne plus être tout à fait celle qui est partie, tandis que son entourage attend naturellement de retrouver celui ou celle qu’il connaissait auparavant. Un décalage peut alors s’installer, car l’un a traversé quelque chose que les autres n’ont pas vécu, et chacun essaie ensuite de retrouver sa place.

Dans le couple, cela peut se traduire par de l’irritabilité, du repli, une difficulté à partager ses émotions, un évitement de l’intimité ou, pour le conjoint, l’impression de devoir constamment surveiller ce qu’il dit et ce qu’il fait de peur d’aggraver la situation.

Les rôles peuvent également évoluer. L’un prend progressivement davantage en charge la maison, les enfants et le quotidien, tandis que l’autre se retire.

Ce décalage ne signifie pas nécessairement que le lien affectif a disparu, mais il peut traduire une difficulté à continuer à être ensemble comme avant.

Stéphane Saison a lui-même traversé ces épreuves suite à la perte d’un frère d’armes sur intervention. Cette traversée qu’il qualifiait à l’époque de « cathartique » lui a coûté un divorce, un déménagement et une démission. Il en parle plus longuement dans ses livres, non pour revenir sur son histoire, mais pour éclairer, de l’intérieur, ce que vit une famille quand le trauma s’installe à la maison.

Il se souvient de ces nuits où son traitement l’assommait au point que sa femme devait le porter jusqu’au lit. Il n’en gardait aucun souvenir et découvrait ce qui s’était passé le lendemain matin. Il se souvient surtout d’être devenu un véritable inconnu dans son propre couple, sans même s’en rendre compte sur le moment. Son entourage le trouvait changé. Il l’était.

Deux silences qui se protègent mutuellement

Chez les primo-intervenants, le silence n’a pas toujours la même origine. Parfois, les mots manquent. Parfois, on préfère se taire pour ne pas inquiéter. L’expérience professionnelle peut aussi apprendre, avec le temps, à contenir ce que l’on ressent pour continuer à agir.

Chacun peut ainsi décider de se taire pour se protéger mutuellement et, sans le vouloir, laisser une distance s’installer dans le couple.

Vouloir faire parler à tout prix n’est pas forcément la réponse la plus adaptée. Être présent, partager un moment simple ou continuer à faire les choses ensemble peut suffire à maintenir le lien.

Dans certaines familles, le conjoint peut progressivement devenir, souvent malgré lui, un aidant. Sans formation ni mode d’emploi, il apprend au fil des besoins à soutenir, organiser le quotidien, protéger les enfants et anticiper certaines réactions.  Cet accompagnement des aidants manque encore cruellement, et c’est une des raisons pour lesquelles APTE y consacre une place à part entière.

Les enfants ressentent ce qu’on ne leur explique pas

Les enfants ne connaissent généralement pas ce qui s’est passé pendant une intervention ou une mission. Mais ils perçoivent les changements. Ils remarquent le ton, les silences ou un parent présent mais moins disponible émotionnellement. Certains deviennent très sages pour ne pas déranger, d’autres s’agitent ou se replient.

Il ne s’agit pas de leur raconter les détails d’un évènement qu’ils n’ont pas à porter, mais ne rien expliquer peut les amener à construire leur propre interprétation. Des mots simples suffisent pour expliquer que le parent traverse une période difficile, qu’il cherche à aller mieux et que l’enfant n’y est pour rien.

Construire l’après

Après une blessure psychique, l’objectif n’est pas nécessairement de retrouver exactement la personne, le couple ou la famille d’avant, mais de retrouver un nouvel équilibre.

Ce sont souvent les petits gestes qui comptent, comme garder un rituel, reconnaître les efforts de l’autre, laisser une discussion attendre si besoin, ou simplement rester présent sans chercher à tout réparer d’un coup.

Accompagner une blessure psychique, c’est donc aussi regarder ce qui se passe une fois la porte refermée. Parce que derrière chaque primo-intervenant, il y a parfois un conjoint, des enfants, des proches qui cherchent eux aussi à comprendre ce qui a changé et à retrouver leur place.

Équithérapie et traumatisme : une approche complémentaire

Après un traumatisme, tout ne se dit pas toujours avec des mots. Certaines traces restent présentes dans le corps, dans la manière d’entrer en relation avec les autres, dans le besoin de garder le contrôle ou dans la difficulté à retrouver un véritable sentiment de sécurité.

L’équithérapie ouvre une autre voie, en s’appuyant sur la relation au cheval et sur ce qui se joue dans l’instant. Elle invite à observer la manière dont on appréhende l’animal, les réactions qu’il suscite, les ajustements de posture qu’il amène ou, tout simplement, la capacité à le laisser venir à soi.

L’équithérapie, qu’est ce que c’est ?

L’équithérapie est une approche thérapeutique psycho-corporelle qui s’appuie sur la relation avec le cheval. Contrairement à ce que son nom peut laisser penser, elle ne consiste pas à apprendre à monter à cheval.  Le travail peut passer par l’observation de l’animal, la marche à ses côtés, le contact ou simplement le fait de rester en sa présence. Une séance peut ainsi se dérouler entièrement à pied.

Chaque situation devient alors une expérience à part entière. Il n’y a pas de performance à atteindre, ni de compétence équestre à acquérir.

Animal de proie, le cheval est particulièrement attentif à son environnement et aux signaux de ceux qui l’entourent. Des recherches montrent qu’il est sensible à différents indices émotionnels chez l’humain et que ceux-ci peuvent influencer son comportement. Sa manière de réagir peut ainsi rendre plus perceptibles certaines attitudes ou tensions dans la relation. Sans jugement ni attente particulière, sa présence offre un espace différent, où la communication passe aussi largement par le corps.

Le cheval devient alors un partenaire privilégié, au coeur d’une relation qui soutient le travail thérapeutique.

Cette relation singulière entre l’humain et le cheval a aussi marqué l’imaginaire collectif, notamment à travers le film l’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, réalisé par Robert Redford. Sans confondre fiction et équithérapie, il rappelle combien la relation avec l’animal repose sur l’observation, la présence, la confiance et l’ajustement réciproque.

Quand le rapport au contrôle est bousculé

Pour un sapeur-pompier, un policier, un militaire, un soignant ou tout autre primo-intervenant, le contrôle peut être une compétence essentielle.

Analyser, anticiper, décider rapidement, continuer à agir sont des capacités indispensables à ces professionnels de l’urgence sur le terrain lorsque la situation devient chaotique. Mais après certaines expériences difficiles ou traumatiques, ce besoin de garder le contrôle peut parfois se prolonger bien au-delà de l’intervention.

Face au cheval, ce rapport au contrôle se trouve modifié. Il faut alors composer avec un animal imposant, dont les réactions ne peuvent être totalement anticipées.

Le corps prend lui aussi une place importante dans cette expérience. La manière d’appréhender l’animal, de réagir à ses mouvements, de s’adapter à sa présence ou de laisser évoluer la relation peut devenir un point de départ pour observer et ressentir ce qui se passe en soi. Un mouvement, une hésitation, une distance prise ou au contraire l’envie de se rapprocher peuvent ainsi être simplement remarqués, sans chercher immédiatement à leur donner une signification.

Le cheval ne donne pas la réponse, mais il crée une situation dans laquelle certaines réactions, parfois difficiles à faire émerger uniquement par les mots, peuvent devenir plus visibles. Elles peuvent alors être vécues dans l’instant, observées, puis travaillées.

Une approche complémentaire autour du traumatisme

Les interventions assistées par le cheval font aujourd’hui l’objet de recherches dans le champ du stress post-traumatique et les résultats disponibles sont encourageants, même si les études restent encore peu nombreuses.

L’équithérapie ne doit pas être considérée comme une solution miracle. Elle peut en revanche constituer une approche complémentaire intéressante, notamment dans le travail autour du corps, de la relation, de la confiance et du sentiment de sécurité. Son intérêt réside aussi dans cette possibilité de proposer une expérience différente, qui ne repose pas uniquement sur l’échange verbal. Elle vient ainsi enrichir ce qui peut être abordé par d’autres formes d’accompagnement.

Pour les personnes qui souhaitent découvrir cette approche ou rechercher un professionnel près de chez elles, la Société Française d’Équithérapie et le Syndicat Interprofessionnel des Praticiens de la Médiation Équine proposent également des annuaires permettant d’identifier des praticiens et des structures sur le territoire.

Une expérience inscrite dans la durée

Stéphane Saison, Président de l’association APTE, a récemment débuté un travail en équithérapie, appelé à s’inscrire dans le temps. Jusqu’alors peu familier des chevaux, ces premières séances lui permettent de découvrir l’animal, mais aussi la manière dont une relation peut peu à peu se construire avec lui.

Avec Ñusta (qui veut dire princesse en péruvien), la jument qui l’accompagne dans ce travail, les premiers repères commencent à s’installer. Après deux séances, une confiance mutuelle semble déjà émerger, laissant davantage de place au contact, à l’observation et à ce qui peut se jouer dans la rencontre.

Il est bien sûr trop tôt pour en tirer des conclusions. L’intérêt est plutôt de suivre, au fil des séances, ce que peut faire évoluer et la place qu’elle pourra progressivement prendre dans un accompagnement plus global.

Une place dans le futur centre APTE

C’est aussi dans cette logique que l’équithérapie fera partie des approches thérapeutiques proposées au sein du futur centre APTE, dans un accompagnement pensé autour du bien-être et de la santé mentale des primo-intervenants et de leurs familles.

Elle ne remplace pas un suivi psychologique classique, mais propose un autre point d’entrée, par le corps et par la relation avec le cheval, là où les mots seuls ne suffisent pas toujours.

Pour des professionnels habitués à agir, anticiper et garder le contrôle en toutes circonstances, cette expérience peut permettre d’explorer une autre manière d’entrer en relation avec soi-même et avec l’autre.

C’est cette diversité d’approches que l’association APTE souhaite mettre à disposition, pour que chacun trouve le chemin qui lui correspond.

 

 

 

 

Lancement de la plateforme digitale APTE

Le 9 octobre 2026, APTE franchira une nouvelle étape avec l’ouverture de sa plateforme digitale.

Pensée à partir des réalités du terrain et des besoins exprimés au fil des rencontres et des accompagnements, elle permettra de réunir dans un même espace des ressources, des parcours personnalisés, des webinaires, des rencontres en visioconférence et la possibilité d’être mis en relation avec un expert.

Destinée aux sapeurs-pompiers, aux primo-intervenants ainsi qu’à leurs proches, cette plateforme a été conçue pour rendre l’information, l’orientation et l’accompagnement plus accessibles, quels que soient le lieu de vie, les horaires ou le moment traversé.

Une plateforme née des histoires du terrain

Derrière la création de cette plateforme, il y a d’abord des histoires.

Celles de femmes et d’hommes confrontés à des interventions difficiles, à l’accumulation des images, à la fatigue, au repli ou au sentiment de ne plus se reconnaître.

Il y a également les récits de leurs proches, souvent témoins de changements qu’ils ne comprennent pas toujours : le silence, l’irritabilité, les troubles du sommeil, l’éloignement ou cette impression que la personne est revenue de l’intervention sans être tout à fait revenue auprès des siens.

Ces constats ont progressivement fait émerger une nécessité : créer un espace dans lequel chacun puisse trouver des repères, mieux comprendre ce qu’il traverse et découvrir les différentes formes d’aide qui peuvent lui être proposées.

Trouver son propre chemin

Lorsqu’une personne commence à s’interroger sur son état, elle ne sait pas toujours vers qui se tourner. Parler de ses difficultés peut lui faire craindre le regard de ses collègues, mais aussi les conséquences professionnelles d’une telle démarche. Certains redoutent notamment qu’en évoquant leur souffrance auprès du service de santé, ils soient déclarés inaptes, temporairement ou durablement, et ne puissent plus exercer leur métier comme auparavant.

Cette peur peut conduire à minimiser les symptômes, à repousser la demande d’aide ou à attendre que la situation devienne plus difficile encore. La plateforme digitale APTE offrira une première porte d’entrée, accessible et progressive, dans un cadre entièrement sécurisé. Chacun pourra ainsi accéder aux ressources et mieux comprendre ce qu’il traverse en toute confidentialité.

La plateforme permettra de prendre un premier temps pour soi, avant d’envisager, lorsque cela devient nécessaire, un accompagnement adapté.

Informer, échanger et être accompagné

La plateforme réunira un centre de ressources composé d’articles, de fiches pratiques, de témoignages, de récits symboliques et de recommandations de lecture.

Des webinaires permettront également d’aborder différents sujets liés aux blessures psychiques, à leurs manifestations et aux chemins de reconstruction. Des rencontres pourront être organisées en visioconférence, individuellement ou collectivement, afin de faciliter les échanges malgré la distance.

Lorsque les ressources disponibles ne suffiront plus, il sera également possible de solliciter une mise en relation avec un expert en fonction de ses besoins.

La plateforme constituera ainsi un point d’appui entre le besoin de comprendre et le moment où la rencontre humaine devient nécessaire.

Une place essentielle pour les proches

Les conséquences d’une blessure psychique dépassent souvent la personne directement touchée. Les proches en deviennent, eux aussi, les victimes collatérales.

Ils assistent aux changements sans toujours les comprendre : le silence, l’irritabilité, le repli, les troubles du sommeil, l’éloignement affectif ou les réactions parfois imprévisibles. Ils cherchent à aider, à protéger et à maintenir l’équilibre familial, souvent au prix de leur propre fatigue et de leur propre souffrance.

À force de porter, de rassurer et de s’adapter, ils peuvent se sentir démunis, isolés ou coupables de ne pas réussir à améliorer la situation. Pourtant, pour pouvoir soutenir durablement une personne en souffrance, ils ont eux aussi besoin d’être écoutés, informés et accompagnés.

Aider les aidants fait pleinement partie de la mission d’APTE. La plateforme leur proposera des contenus et des parcours pour mieux comprendre le traumatisme, trouver leur juste place et préserver leur équilibre.

Parce que la reconstruction ne concerne pas uniquement celui ou celle qui a vécu l’événement, mais aussi celles et ceux qui en subissent les répercussions au quotidien et avancent à ses côtés.

Une approche hybride, au plus près des personnes

La plateforme digitale peut être envisagée comme le futur centre APTE dans sa version numérique. Elle en constitue la première étape avant son ouverture et en porte déjà l’esprit, les valeurs et les missions, en rendant accessibles des ressources, des parcours et des accompagnements à distance.

Demain, le centre offrira un lieu d’accueil, de rencontre et de reconstruction. Aujourd’hui, la plateforme permet déjà à cette vision de prendre vie et d’aller à la rencontre de celles et ceux qui en ont besoin.

Avec cette plateforme, le futur centre APTE commencera à prendre vie bien avant son ouverture. Le 9 octobre 2026, il ouvrira d’abord ses portes en ligne, pour rendre ses ressources et ses accompagnements accessibles au plus grand nombre.

« Dans le feu de l’action » : Stéphane Saison invité d’AirZen

Stéphane Saison était de nouveau l’invité de Céline Schmidt sur AirZen.

Cette interview fait écho à la sortie du livre Dans le feu de l’action, paru aux éditions Solar, un ouvrage collectif porté par sept sapeurs-pompiers auteurs. Elle permet également de revenir sur le travail mené par l’association APTE.

La genèse d’une participation chargée de sens

C’est Alain Bailloux, l’un des deux co-directeurs du livre et cofondateur de Rescue 18, qui a contacté Stéphane Saison. Un choix motivé par son parcours de sapeur-pompier, mais aussi par son expérience d’auteur, à travers plusieurs ouvrages nourris par son vécu opérationnel et par une réflexion engagée autour des blessures invisibles et de la reconstruction.

À la question de savoir s’il avait accepté immédiatement de participer à l’écriture de ce livre-témoignage, sa réponse fut naturellement positive, mais non sans une certaine retenue. Car prendre part à cet ouvrage signifiait aussi revenir sur un épisode marquant de son parcours : l’accident d’Aubervilliers, au cours duquel il a perdu un frère d’armes, le caporal Thierry SAGANTA.

Accepter d’écrire, c’était accepter de rouvrir une part sensible de son histoire, non pour s’y enfermer, mais pour la transmettre avec pudeur et justesse.

Sept auteurs, sept parcours, sept regards différents sur un même engagement : celui du métier de sapeur-pompier. Chacun partage une part de son vécu, de son rapport au terrain et de ce que certaines interventions peuvent laisser en soi.

Cette démarche d’écriture et de transmission a également fait l’objet d’un article paru dans Le Figaro Magazine.

APTE, un travail de fond

L’association APTE — Accompagnement et Prévention des Traumatismes Émotionnels — agit auprès des sapeurs-pompiers, des primo-intervenants et de leurs familles depuis sa création. L’idée est simple : ceux qui nous protègent peuvent aussi être éprouvés, fragilisés, et avoir besoin d’être soutenus et accompagnés.

Conférences, interventions, articles : l’association APTE poursuit son travail pour faire changer le regard sur le stress post-traumatique et l’épuisement opérationnel.

Une plateforme digitale en préparation

Autre temps fort de cette interview : l’annonce du lancement officiel de la plateforme digitale APTE.

Son déploiement est prévu le 9 octobre 2026.

À travers ce nouvel espace, APTE souhaite fédérer une communauté engagée autour de la prévention, de l’accompagnement et de la reconstruction. L’objectif est de mieux soutenir les sapeurs-pompiers, les primo-intervenants et leurs proches, en leur offrant des ressources adaptées et accessibles.

Pensée comme un outil d’information, d’accompagnement et de mise en lien, cette plateforme aura pour vocation de proposer des parcours personnalisés, des webinaires, des temps d’échange en visioconférence, un centre de ressources, ainsi que la possibilité d’être orienté vers un expert en fonction des besoins exprimés.

Association APTE podcast radio AirzenCette approche hybride, à la fois collective et individuelle, numérique et humaine, permettra d’être au plus près des personnes concernées, quels que soient leur parcours, leur situation ou leur besoin d’accompagnement.

Merci à AirZen et à Céline Schmidt pour cet échange, ainsi que pour l’attention portée à ces sujets.

Retrouvez l’intégralité de l’interview en cliquant sur la photo.

Belle écoute !

Le Tas et L’Épreuve du feu désormais disponibles en ebook

Les ouvrages de Stéphane Saison, Président de l’association APTE, Le Tas et L’Épreuve du feu, sont désormais accessibles au format numérique.

Déjà disponibles en version papier, Le Tas et L’Épreuve du feu peuvent désormais être lus sur liseuse, tablette ou smartphone. À travers des approches différentes, ces deux ouvrages témoignent du vécu opérationnel, des blessures invisibles et du chemin de reconstruction de leur auteur. Leur parution en ebook permet aujourd’hui de rendre ces récits accessibles à un plus large public.

Le Tas, le poids invisible de l’après-intervention

Association APTE, couverture du livre le Tas de Stéphane Saison dont les ventes sont intégralement reversées à l'association APTEDans Le Tas, Stéphane Saison revient sur l’intervention du 25 août 2003 à Aubervilliers, lorsqu’un bâtiment en feu s’effondre sur les secours. S’il en ressort indemne physiquement, deux de ses frères d’armes sont ensevelis sous les décombres. Il raconte l’après-intervention, le stress post-traumatique et le poids silencieux porté par ceux que l’on croit solides. Un témoignage profondément humain sur la blessure invisible, la résilience et l’homme derrière l’uniforme.

Découvrir Le Tas au format ebook :
https://librairie.edilivre.com/recit-temoignage/36084-le-tas-9782414815210.html

L’Épreuve du feu, un regard sur la santé psychique des sapeurs-pompiers

Association APTE, couverture du livre l'épreuve du feu de Stéphane SaisonDans L’Épreuve du feu, Stéphane Saison revient sur les séquelles invisibles du traumatisme psychique et sur le chemin de reconstruction après l’effondrement. À travers son expérience de sapeur-pompier, il porte un regard sur l’évolution du métier, la santé psychique dans les professions de l’urgence et la reconnaissance des blessures invisibles. Un témoignage lucide et profondément humain sur celles et ceux qui sauvent, mais qui doivent parfois apprendre à se sauver eux-mêmes.

Découvrir L’Épreuve du feu au format ebook :

https://librairie.edilivre.com/commande?ipa=36021

Une nouvelle manière d’accéder à ces témoignages

La publication de ces deux ouvrages au format ebook répond à une volonté simple : permettre à chacun d’y accéder selon ses habitudes de lecture et quel que soit son lieu de résidence.

Le format numérique peut notamment faciliter leur découverte par les sapeurs-pompiers, les autres primo-intervenants, leurs proches, mais aussi par les professionnels de la santé, de l’accompagnement et de la prévention.

Il ne remplace pas les éditions papier, qui restent disponibles. Il offre une possibilité supplémentaire de lire, de comprendre et de transmettre ces récits.

Cette parution numérique prolonge ainsi la vocation première de ces deux ouvrages : mettre des mots sur des expériences parfois difficiles à raconter et contribuer à faire évoluer le regard porté sur les blessures psychiques liées à l’engagement opérationnel.

Des ouvrages en lien avec la démarche d’APTE

Le Tas et L’Épreuve du feu occupent une place particulière dans le parcours qui a conduit à la création et au développement de l’association APTE.

À travers ces deux ouvrages, Stéphane Saison met en lumière les répercussions que l’engagement opérationnel peut avoir sur la santé mentale des sapeurs-pompiers et des primo-intervenants. Ils témoignent d’une prise de conscience progressive : celle de la nécessité de mieux prévenir, repérer et accompagner les blessures psychiques, mais aussi de libérer la parole dans un milieu où la souffrance reste encore parfois difficile à exprimer.

L’association APTE s’inscrit aujourd’hui dans cette continuité, en menant des actions de sensibilisation, de prévention, d’orientation et d’accompagnement auprès des sapeurs-pompiers, des autres primo-intervenants et de leurs familles.

Les versions papier de Le Tas et de L’Épreuve du feu restent également disponibles dans la bibliothèque du site de l’association APTE.

Transmettre ce qui a été vécu, c’est faire de l’expérience un outil de compréhension, de prévention et d’accompagnement.

Stress post-traumatique : comprendre une blessure invisible

Le stress post-traumatique ne se voit pas toujours. C’est peut-être pour cela qu’il reste si difficile à repérer et à comprendre. De l’extérieur, certains y voient encore une fragilité, une incapacité à tourner la page, ou une difficulté à « passer à autre chose ».

Mais on ne tourne pas la page d’un choc traumatique comme on ferme un livre.

Le stress post-traumatique n’est pas une faiblesse. C’est une blessure. Une blessure invisible, silencieuse parfois, mais bien réelle.

Je peux en parler parce que je l’ai vécu.

L’épreuve du feu — derrière l’uniforme

Association APTE, photo portrait de stéphane Saison en tenue de sapeur-pompier, Président de l'association APTEDepuis près de 40 ans, je porte l’uniforme avec fierté. Comme beaucoup de sapeurs-pompiers, j’ai appris à intervenir, à agir vite, à tenir debout dans des situations parfois extrêmes. Dans ces métiers de l’engagement, on apprend à mettre ses émotions de côté pour rester efficace. On avance, on enchaîne les interventions, parfois on serre les dents.

Mais derrière l’uniforme, il y a un cœur, des émotions. Il y a un être humain.

Au cours de ma carrière, j’ai été confronté à plusieurs accidents graves en service. Certaines blessures ont été visibles, d’autres beaucoup moins. Pendant trois ans après ce tragique incendie à Aubervilliers en 2003, qui a coûté la vie à un frère d’armes, j’ai continué à fonctionner. Je décalais en intervention, je travaillais, j’allais bien, enfin c’est ce que je croyais. Et puis un soir, le même cauchemar est revenu. Toujours le même. Je revoyais le Tas de gravats. Je sursautais au moindre bruit. Je ne dormais plus.

Ce que je vivais avait un nom. Je l’ignorais encore.

Une réaction normale à une situation anormale

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) définit le stress post-traumatique, ou TSPT « trouble de stress post-traumatique » comme un trouble mental pouvant apparaître à la suite de l’exposition à un événement traumatisant. Il peut se manifester par des reviviscences, de l’évitement, une hypervigilance, et perturber durablement la vie quotidienne. Selon l’OMS, on estime que 3,9 % de la population mondiale en a souffert à un moment donné de sa vie.

Il peut survenir après un événement unique et brutal — accident grave, agression, attentat, décès brutal d’un proche — ou se construire dans le temps, après une accumulation d’interventions éprouvantes, parfois banalisées, mais impossibles à intégrer.

Ce n’est pas une faiblesse de caractère. Ce n’est pas le signe que quelqu’un a mal réagi. C’est une réaction normale du cerveau à une situation anormale.

Quand l’événement ne passe pas

Après un accident grave, la vie reprend en apparence. Les jours, les semaines et les mois passent, les autres pensent que le plus dur est derrière. Mais à l’intérieur, tout est foudroyé. La blessure, elle, ne s’est pas éteinte.

Association APTE, illustration d'un stress post-traumatiqueDans mon parcours, il y a eu un avant et un après ce 25 août 2003. Pendant trois ans, j’ai fonctionné. Je décalais, je travaillais, tout allait bien en apparence.

Et puis un jour, sans prévenir, les cauchemars sont arrivés. Les crises d’angoisse ont suivi. Je ne dormais plus malgré la fatigue accumulée. Je ne me reconnaissais plus.

Je consulte pour une fatigue persistante et le verdict tombe : Stress post-traumatique.

Un mot. Deux secondes. Et soudain, tout ce que je traversais avait un nom.

La culpabilité, une autre forme de blessure

« Pourquoi cela s’est-il produit ? » « Aurais-je pu faire autrement ? » « Pourquoi suis-je encore là ? »…

Autant de questions qui, pour certaines, restent sans réponse encore aujourd’hui.

Après un événement traumatique, la culpabilité peut prendre une place immense. Même lorsque les faits disent que vous avez fait votre travail. Même lorsque les autres répètent que vous avez rempli votre mission.

Le cerveau, lui, ne l’entend pas toujours ainsi.

C’est l’un des aspects les plus douloureux du stress post-traumatique : il ne répond pas à la logique. Comprendre ne suffit pas toujours à guérir. La tête peut accepter ce que le corps, lui, refuse encore d’entendre.

Dans les métiers de l’urgence où la culture de l’échec n’a pas sa place, la culpabilité est souvent renforcée par le sens du devoir. Aucun professionnel, aussi engagé soit-il, ne peut tout prévoir. Aucun être humain ne peut contrôler l’imprévisible. Pourtant, cette évidence-là, on ne peut pas se la dire à soi-même. Il faut quelqu’un pour vous aider à l’entendre.

Savoir reconnaître les signes

Le stress post-traumatique ne se manifeste pas toujours immédiatement. Il peut apparaître plusieurs mois ou plusieurs années après l’événement traumatique.

Les manifestations sont variées et propres à chaque personne : troubles du sommeil, cauchemars, crises d’angoisse, irritabilité, hypervigilance. Certains revivent des fragments de l’événement comme s’ils appartenaient au présent. Dans mon cas, c’était cette image du tas de gravats, qui revenait sans cesse. Jour et nuit. L’hypervigilance s’installe. On surveille tout, on anticipe tout, sans jamais vraiment se sentir en sécurité. Ce n’est pas un choix, c’est un système intérieur bloqué en mode danger. Alors que d’autres s’éloignent progressivement de leur entourage sans comprendre pourquoi.

Dans tous les cas, quelque chose a changé. Et ce changement, on ne le choisit pas.

On ne vit plus vraiment. On fait semblant. J’avais l’impression d’être en état de mort psychologique.

Ce fut le début d’une longue traversée cathartique.

Ces phrases qui blessent

L’une des grandes difficultés du stress post-traumatique, c’est qu’il ne se voit pas. Une blessure physique est plus facilement comprise, car elle se montre, elle se mesure, elle se soigne. Une blessure psychique peut rester cachée très longtemps derrière une apparence solide.

Dans mon parcours, j’ai entendu souvent ces phrases sans doute bienveillantes comme : « Tu as eu de la chance. » « Il faut passer à autre chose. » « Ce n’est pas de ta faute. » « Tu es courageux. »

Inconsciemment, ces mots peuvent faire mal. Dire à une personne qui a frôlé la mort qu’elle a eu de la chance peut la renvoyer à une culpabilité immense. « Pourquoi eux et pas moi ? ». On n’oublie pas un traumatisme sur commande. On apprend, parfois, à vivre avec, mais cela demande du temps, de l’écoute, et un accompagnement adapté.

Être écouté, c’est important. Être entendu, c’est essentiel.

Ce que vivent aussi les proches

Le stress post-traumatique ne touche pas seulement la personne blessée. Il bouleverse aussi l’entourage, souvent sans que celui-ci comprenne ce qui se passe.

Association APTE, photo d'illustration d'un papa avec ses deux enfants dans les bras tristesLes proches voient les changements : le repli, l’irritabilité, les absences, les réactions disproportionnées. Ils peuvent voir de l’agressivité là où il y a de la peur, du désintérêt là où il y a de l’épuisement. La personne blessée, elle, se tait, se cache, pour ne pas inquiéter. Ou parce qu’elle n’a plus les mots et la force. Ou parce qu’elle a honte.

Mais ce silence isole. Et l’isolement aggrave. À tel point que j’étais devenu un véritable inconnu dans mon propre couple. Présent physiquement, mais absent de tout le reste.

C’est pourquoi l’accompagnement des familles fait partie intégrante du chemin de reconstruction. Elles ne sont pas de simples spectatrices. Elles subissent elles aussi l’onde de choc du traumatisme.

Et c’est souvent elles, ou un collègue attentif, une sentinelle formée en caserne, qui remarquent les premiers signes. Un regard bienveillant au bon moment peut tout changer, car plus la détection est précoce, plus la prise en charge est efficace. C’est tout le sens du travail de sensibilisation que l’association APTE mène auprès des familles et des pairs.

Demander de l’aide, c’est déjà reprendre appui

Dans mon propre parcours, plusieurs formes d’aide ont été nécessaires. Un suivi médical, un accompagnement psychologique, un traitement médicamenteux, puis une thérapie EMDR (reconnue par l’OMS et la Haute Autorité de Santé). L’écriture a également eu une place importante dans mon parcours de reconstruction. Elle m’a permis de poser des mots sur les maux qui me rongeaient de l’intérieur. Ce travail d’écriture s’est notamment prolongé à travers mes livres, dans lesquels je reviens plus en détail sur ce parcours de blessé et de reconstruction.

Le chemin a été long, parfois non linéaire. Des améliorations, des rechutes, des années difficiles. Les conséquences ne se limitent pas aux symptômes. Dans mon parcours, elles ont aussi touché ma vie familiale, professionnelle et personnelle : un divorce, un déménagement, une démission. Mais avec le temps, les images ont perdu de leur violence. Les nuits sont redevenues plus apaisées et j’ai repris goût à la vie.

Accepter de consulter, accepter l’idée de demander de l’aide, cela peut être difficile, surtout dans un milieu où l’on valorise la résistance et la capacité à tenir. Mais demander de l’aide ne signifie pas être faible. C’est même une force, car cela signifie reprendre sa vie en main au regard de ce que l’on traverse. C’est comprendre également que l’on n’est pas fou, et surtout que l’on n’est pas seul.

De mon parcours est née une conviction

Si je témoigne aujourd’hui, ce n’est pas pour raconter une histoire personnelle de plus. C’est pour aider à comprendre.

Comprendre que le stress post-traumatique n’est pas une faiblesse. Comprendre que les blessures invisibles existent. Comprendre que les mots peuvent soutenir ou blesser. Comprendre que les familles ont aussi besoin d’aide. Comprendre que demander de l’aide peut changer une vie.

C’est précisément le sens de l’association APTE : sensibiliser, prévenir, accompagner et rappeler que personne ne devrait rester seul face à ce type de traumatisme.

Car derrière chaque uniforme, il y a une personne. Et derrière chaque silence, il peut y avoir une souffrance.

Cet article a une vocation de sensibilisation. Il ne remplace pas un avis médical. En cas de souffrance psychique, de symptômes persistants ou d’idées noires, il est important de se rapprocher d’un professionnel de santé.

Dédicace de Stéphane Saison à Pont-Sainte-Maxence

Le samedi 20 juin 2026, l’Espace Culturel Leclerc de Pont Sainte-Maxence (Oise) accueillait Stéphane Saison, Président de l’association APTE et co-auteur du livre Dans le feu de l’action, paru aux éditions Solar.

Cet ouvrage collectif réunit les témoignages de sept sapeurs-pompiers auteurs, qui racontent chacun une part de leur engagement, de leur vécu opérationnel et de leur rapport au métier. À l’occasion de cette séance de dédicace, Stéphane Saison est allé à la rencontre des lecteurs pour échanger autour du livre, mais aussi des valeurs portées par l’association APTE.

Des échanges autour du vécu des sapeurs-pompiers

Au fil de la journée, les échanges ont permis d’aborder plusieurs thèmes au cœur du parcours de Stéphane Saison, à la fois sapeur-pompier, auteur et président de l’association APTE : la réalité du terrain, la force du collectif, les blessures parfois invisibles laissées par certaines interventions, mais aussi la nécessité de transmettre, de prévenir et d’accompagner.

Cette rencontre a également permis d’évoquer le parcours d’écriture de Stéphane Saison, depuis ses premiers témoignages jusqu’à sa participation à Dans le feu de l’action. À travers ses livres, une même volonté se dessine : transmettre une expérience de terrain, mettre des mots sur ce qui se vit parfois en silence, et ouvrir le dialogue autour de l’engagement, des blessures invisibles et de la reconstruction.

À travers Dans le feu de l’action, ce sont des récits de sapeurs-pompiers qui se croisent, chacun avec sa sensibilité, son histoire et son regard sur le métier. Des témoignages qui rappellent que derrière l’uniforme, il y a des femmes et des hommes confrontés à des situations intenses, souvent marquantes, parfois bouleversantes.

Une dédicace entre témoignage, transmission et soutien à APTE

Cette séance de dédicace fut aussi l’occasion de rappeler le sens de l’action portée par APTE — Accompagnement et Prévention des Traumatismes Émotionnels. L’association œuvre pour mieux faire connaître les traumatismes psychologiques chez les sapeurs-pompiers, les primo-intervenants et leurs familles, afin de favoriser une meilleure reconnaissance de ces blessures et un accompagnement adapté et à la hauteur de leur engagement.

À cette occasion, l’intégralité des ventes réalisées lors de la séance de dédicace sera reversée à l’association APTE. Un geste concret qui donne à cette rencontre une dimension solidaire, en lien direct avec la mission de l’association : accompagner celles et ceux qui protègent les autres.

Quand le livre devient un support de sensibilisation

Au-delà de la signature du livre, cette journée a été un moment de rencontre, de dialogue et de partage. Les échanges autour de Dans le feu de l’action ont permis d’aborder, avec simplicité, ce que vivent les sapeurs-pompiers dans l’exercice de leur engagement au service de la population : la réalité du terrain, la force du collectif, mais aussi l’impact que certaines interventions peuvent laisser dans le temps.

À travers ces témoignages, le livre devient ainsi un support de sensibilisation. Il ouvre un espace de discussion sur des sujets encore parfois difficiles à nommer, comme la fatigue émotionnelle, les blessures invisibles ou le besoin d’accompagnement après des événements marquants. Cette rencontre a ainsi permis de rappeler une évidence essentielle : celles et ceux qui protègent les autres peuvent, eux aussi, avoir besoin d’être écoutés, reconnus et soutenus.

La presse locale a également relayé cette séance de dédicace. Retrouvez l’article paru dans L’Oise Hebdo en cliquant ici.

Un mot de remerciement

Stéphane Saison remercie l’Espace Culturel E.Leclerc de Pont Sainte Maxence (60) pour son accueil, ainsi que toutes les personnes venues à sa rencontre au cours de cette journée.

Pour celles et ceux qui souhaitent prolonger ce soutien, il est également possible d’aider l’association APTE par un don ou une adhésion, afin de contribuer à ses actions de prévention, de sensibilisation et d’accompagnement.

Soutenir l’association APTE

Ensemble, aidons ceux qui nous protègent.